Actions du collectif

Lettre ouverte

Un silence intenable
Pour le respect des droits et des libertés fondamentales qui constituent un élément socle de notre responsabilité professionnelle

Rédaction d'un communiqué commun avec d'autres organisations de psychologues et psychiatres

SOINS PSYCHIQUES POUR TOUS : LES ACTEURS DE TERRAIN DOIVENT ÊTRE DES INTERLOCUTEURS INCONTOURNABLES

Lettre ouverte : Un silence intenable

Pour le respect des droits et des libertés fondamentales qui constituent un élément socle de notre responsabilité professionnelle 

Nous psychologues à France Travail souhaitons rendre visible et audible la souffrance et la détresse des personnes que

nous accompagnons.


Nous assistons au fil des années - avec ces derniers mois une forte accélération - à un durcissement des mesures prises à l’encontre des personnes inscrites.

Baisse des allocations chômage, contrôles renforcés, discours stigmatisants qui tiennent les personnes responsables de leur situation,… génèrent de la maltraitance, de l’injustice et ajoutent de la souffrance à la souffrance déjà endurée.

En effet, dans notre pratique quotidienne nous recevons et accompagnons celles et ceux qui vivent et traversent des situations authentiquement difficiles qui s’articulent parfois à un parcours de vie déjà heurté.

Nous témoignons de leurs efforts à (re)conquérir une place dans un système qui les a profondément déstabilisés, voire brisés. Ils nous parlent de leur difficulté à retourner vers le travail malgré leur fort désir de le faire. 

Nous témoignons de ce désir mais aussi de leur inquiétude.


Nombre d’entre eux se trouvent temporairement dans l’incapacité de reprendre un travail, parce qu’ils se sont abîmés dans leur emploi précédent, physiquement (port de charges, conditions matérielles de travail pénibles par exemple…) ou psychologiquement : à l’occasion de changements de direction, de réorganisation du travail, de fusion, ou de rachats de société, ils ont vécu « placardisation », licenciement brutal, perte totale du sens de leur activité professionnelle, atteinte psychologique en lien avec des conflits éthiques… Il s’agit aujourd’hui des principaux motifs de demande de rendez-vous avec le psychologue du travail à France Travail. Beaucoup des personnes que nous recevons accordent une place centrale au travail ; ils sortent d’autant plus essorés et effondrés de l’expérience qui a provoqué la rupture. C’est par exemple une infirmière qui craque sous la pression d’une souffrance éthique devenue insupportable, des cadres pressurisés puis remerciés, des assistantes de vie qui ne gagnent plus suffisamment leur vie en travaillant… Personne n’est épargné.

Le chômage n’est pas un choix. Pour peu que l’on s’intéresse à la question du travail et aux recherches menées sur le sujet, il est reconnu que l’écrasante majorité des gens veut travailler et que l’absence de travail est particulièrement délétère pour la santé mentale et physique. Ne pas travailler c’est se sentir inutile, être exclu, ne pas avoir sa place, ne pas apporter sa contribution à la société, avec pour conséquences la perte de l’estime de soi, la honte. C’est faire face à l’insécurité, à la peur du lendemain, c’est vivre dans des conditions parfois très dégradées.


Alors que les personnes inscrites à France Travail font l’objet de discours stigmatisants et de mesures coercitives, certaines logiques de recrutement devraient pouvoir elles aussi être interrogées.

Il y aurait des offres d’emploi non pourvues ? La lecture des annonces décrit une réalité plus complexe : travail à forte pénibilité, absence de valorisation salariale malgré des attentes exigeantes en terme de diplôme ou d’expérience, problèmes de mobilité et/ou d’accessibilité de l’entreprise… mais aussi des pratiques de recrutement et d’intégration parfois insuffisamment préparées.

Beaucoup de postes nécessitent par ailleurs une connaissance fine du « geste métier », acquise par la pratique, l’expérience, et exercée de façon singulière. N’importe qui ne peut pas occuper n’importe quel emploi de façon interchangeable !


Si l’on se penche sur la réalité quotidienne des personnes au chômage, on sait que rechercher un emploi est une épreuve affective, psychique : c’est se projeter, envoyer des candidatures qui, la plupart du temps restent sans réponse, vivre des recrutements parfois contestables et facteurs de stress. Beaucoup en arrivent à se sentir incompétents, rejetés, discriminés. Viennent s’ajouter le renforcement des contrôles par France Travail, le traitement dématérialisé des échanges soutenu par l’intelligence artificielle, qui déshumanise davantage encore les relations. C’est toujours une expérience difficile, surtout pour les plus fragilisés : risque de sanction, menace de radiation, les chômeurs expriment dans nos bureaux leur souffrance face à l’injustice de se sentir perçus et traités comme profiteurs du système.

Notre expérience de terrain nous montre chaque jour combien les personnes que nous recevons, contrairement à ce qui peut être dit souhaitent et veulent travailler/retravailler.


Nous sommes inquiets pour l’avenir, pour les droits et pour la santé des personnes que nous accompagnons, qui se sont notablement dégradés et aggravés depuis la crise sanitaire. Comment peut-on imaginer durcir encore les conditions d’accès à l’indemnisation du chômage :
pour celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que travailler au-delà de leurs limites et au prix d’une santé déjà fragilisée ; pour celles et ceux qui, en plus d’une expérience de vie déjà difficile vivent dans la crainte de voir supprimées leurs ressources minimum de survie ; pour celles et ceux qui ont besoin, ici et maintenant, d’un temps nécessaire à une élaboration avant de pouvoir retourner au travail… s’inventer et se réinventer professionnellement ne se décide pas d’un claquement de doigts.


Nous ne pouvons plus nous taire sur la réalité de la vie des personnes que nous recevons. Nous alertons sur la dérive de politiques publiques de l’emploi qui brisent, maltraitent et ajoutent de la souffrance, de l’indignité et de la peur.


En tant que psychologues nous témoignons et alertons sur la souffrance, la détresse, le désespoir que nous entendons du fait :

- d’organisations de travail délétères

- de la précarisation d’une partie du travail (ubérisation,…)

- de certaines pratiques de recrutement parfois discriminantes

- du traitement réservé aux chômeurs

- de la menace de disparition de la relation d’accompagnement au profit de nouveaux modes de gestion par l'IA

Pour télécharger la lettre ouverte cliquez ici

Actions précédentes du collectif

Le collectif a rédigé ce communiqué d'alerte, transmis à différentes organisations syndicales et de psychologues. 

Nous, Collectif National des Psychologues de France Travail, réunis à Paris ces 13 et 14 juin 2024, ne pouvons rester silencieux face à la menace de l’extrême droite aux portes du pouvoir.
Nous assistons dans notre pratique professionnelle quotidienne à une régression sociale sans précédent qui plonge les usager.e.s dans une précarité et une misère socio-économique qui ne cesse de s’aggraver.
Ce sont ces régressions qui font le lit de l’extrême droite et de son populisme !

En tant que psychologues, nous recevons chaque jour de façon inconditionnelle et dans leurs diversités toutes les personnes qui s’adressent à nos services.
Les principes de discrimination et de xénophobie sont incompatibles avec l’exercice de notre métier fondé sur des valeurs humanistes.
Nous ne composerons pas !

Cela ne passera pas par nous !


Le Collectif National des Psychologues de France Travail

Plusieurs organisations professionnelles et groupement de psychologues et professionnels de la santé mentale rejoignent notre position exprimée dans le communiqué ci-contre. 

Vous pouvez notamment lire sur cette page un billet de blog Médiapart rédigé par un Collectif de psychanalystes, psychologues et psychiatres lançant "un cri d'alerte : il n'en va pas seulement de l'avenir de leur profession, mais surtout de l'avenir de leurs patients." Ils soutiennent "qu’en France, en 2024, hors de leurs lieux de consultations, les psychanalystes ne peuvent pas s'abstenir."

Vous pouvez consulter ici le communiqué du SNP intitulé : "Le danger de la préférence nationale"

La FFPP a intitulé son communiqué "Les psychologues alertent !"

Suite à la publication de ce communiqué, la SNP a souhaité rencontrer le collectif

Photos et plus d'infos sur la page dédiée

Autres actions du collectif

Le collectif a organisé des actions, portées ou financées par l'association Pôle Psycho lorsque nécessaire.
Le 11 octobre 2021, près de 200 psychologues du travail de Pôle Emploi se sont réunis à la Grande Bourse du Travail de Paris pour fêter les 10 ans de présence à Pôle Emploi. D'un côté, certains ont témoigné de l’histoire des pratiques et du collectif au sein de notre établissement, de l’autre des personnalités œuvrant pour le développement et la reconnaissance de notre métier sont intervenus lors de cet évènement, voire ont proposé des pistes de travail en commun :

Jean-Luc Bernaud, Professeur des Universités en psychologie du conseil et de l'accompagnement à l'INETOP-CNAM (Paris)

André Chauvet, Consultant, spécialiste des questions d’orientation et d’accompagnement des trajectoires professionnelles

Marie Pezé, Docteur en Psychologie, psychanalyste, ancienne experte judiciaire ancienne responsable du CES de psychopathologie du travail et responsable du réseau de consultations "Souffrance & travail"

Michel Debout, Médecin légiste, psychiatre, spécialiste des violences, du suicide et du harcèlement moral au travail

Dominique Lhuilier, professeure émérite au centre de recherche sur le travail et le développement (CNAM), Paris

Benoît Schneider, (co)Président honoraire de la FFPP (Fédération Française des Psychologues et de Psychologie). Professeur émérite en psychologie de l'Education à l'Université de Lorraine

Antoine Duarte, Psychologue clinicien, maître de conférences à l'Université Toulouse Jean Jaurès, docteur en psychologie. Responsable de l’Institut de psychodynamique du travail (IPDT) 

Organisé par le Collectif national des psychologues de Pôle Emploi, cet évènement a été financé par l'association Pôle Psycho.

Créée en 2015, grâce à la volonté du Collectif National des Psychologues du travail, l'association Pôle Psycho, a pour objet principal de soutenir les psychologues dans l’exercice de leur pratique, d'œuvrer pour le développement et la promotion de la psychologie, et de faire appliquer et défendre les principes définis dans le Code de Déontologie des psychologues, au sein de Pôle Emploi.

C’est dans ce cadre que l'association Pôle Psycho : 

  • a gagné en justice en 2018 sur l'obligation de faire mentionner sur les fiches de paie l’intitulé (obligatoire) de l'emploi "psychologue du travail"
    En effet, un an avant l’application de la nouvelle classification des emplois, la direction générale avait fait disparaître sur les fiches de paye la mention obligatoire de l’ « emploi occupé », donc « psychologue du travail », sachant qu’auparavant, la DG avait aussi tenté de remplacer l’emploi de « psychologue du travail » par « conseiller en orientation spécialisée » dans une version initiale de l’accord classification. 
  • a entamé en 2020 une action juridique sur la confidentialité des bureaux des psychologues
    Suite à une enquête réalisée par l’association Pôle Psycho, parmi plus de 300 psychologues ayant répondu (sur un effectif de 970), les résultats montrent que 65% des bureaux ne permettent pas la confidentialité sonore et 46% la confidentialité visuelle, alors que la DG dit le contraire. 
  • a déposé un recours en dérogation au Conseil d'état sur l'obligation vaccinale des psychologues de Pôle Emploi.
    Les adhérents ont été consultés et se sont prononcés en faveur d'une intervention de Pôle Psycho en soutien de nos collègues non vaccinés. Sur ce sujet politique "clivant" qu'est l'obligation vaccinale, l'association, outil du collectif, a une fois de plus démontré son rôle en matière de défense des psychologues, sur un principe de solidarité. Le Conseil d'état a rejeté notre demande. Toutefois, il considère le volet « discrimination à l’égard de la santé » comme recevable. C’est pourquoi, nous poursuivons notre action auprès d’une instance supra nationale.

AI Website Software